Critical Archeological Mediations II

Rencontres interdisciplinaires 2020

1er décembre 2020
9 h 30 – 12 h

Diffusion en directe
sur YouTube


Une discussion publique entre des étudiant·e·s en Design et arts numériques (Université Concordia, séminaire Critical Materiality, professeure Alice Jarry) et des étudiant·e·s en communication (Université de Toronto, séminaire Media Archaeology, professeure Marie-Pier Boucher).

Une grande partie de la recherche-création se manifeste à travers la forme et l’expérience de la perception sensorielle. Que se passe-t-il lorsque l’atelier et nos pratiques matérielles se déplacent dans l’espace public ? Comment la recherche-création en cours d’élaboration peut-elle être communiquée et expérimentée ?

Cette activité vise à interroger la pratique en relation avec les matériaux et la matérialité, les objets, les technologies, les médias et les techniques, ainsi qu’avec les enjeux socioenvironnementaux. Réparti·e·s en quatre groupes interuniversitaires, les étudiant·e·s présenteront leurs projets et leurs recherches sous forme de prototypes ou de versions bêta, et rendront compte publiquement de leurs démarches et méthodes.

Les groupes développeront des boucles de rétroaction entre les idées pratiques et théoriques catalysées par les deux séminaires. Ce format vise à renouveler les conditions dans lesquelles la création se réalise, est exposée et communiquée.

Cette activité de deux jours comprendra des ateliers, des tables rondes et des discussions ouvertes.

Horaire des conférences

Partie 3 —
[Dé]obsolescence : fabriquer les futurs en réactivant le passé

9 h 30 à 10 h 30

Avec Nathalie Banger (Université Concordia), Yung Cheng (Université de Toronto), Aryel Craan (Université Concordia), Tyler Greiling (Université de Toronto), Alec Mathewson (Université Concordia), Patrick Pearce (Université Concordia), Yilong Zhang (Université Concordia)

Partie 4 —
D’un matériau à l’autre : la traduction comme méthode d’engagement avec les sens et les communautés

11 h à 12 h

Avec Sherene Almjawer (Université de Toronto), Janice Cheun (Université Concordia), Gabrielle Diaz (Université de Toronto), Golriz Farzamfar (Université Concordia), Jessica Filippelli (Université Concordia), Cassandra Lielbardis (Université de Toronto), Maxime Pigeon (Université Concordia), Aniesha Sangarapila (Université Concordia), Ashlee Tan (Université de Toronto)

Description des conférences

Partie 3 —
[Dé]obsolescence : fabriquer les futurs en réactivant le passé

Que pouvons-nous apprendre du passé et réactiver afin de mieux comprendre nos relations sociomatérielles contemporaines ?

Comment le réemploi des matériaux et des savoirs peut-il accroître notre pouvoir d’agir en tant que créateur·trice·s et nous aider à trouver du sens dans nos rôles de designers, de consommateurs et de citoyen·ne·s du monde ?

Le Canada affiche le plus haut taux de production de déchets solides par habitant au monde, avec 720 kg par personne annuellement. Pendant que nous discutons de ces enjeux, les déchets alimentaires enfouis dans les sites d’enfouissement se décomposent et libèrent du méthane dans l’atmosphère, tandis que les plastiques rejetés s’accumulent sous forme de particules microscopiques dans les environnements et les organismes, y compris les êtres humains, partout sur la planète.

Les conséquences de cette production massive de déchets sont aujourd’hui bien documentées : les gaz émis par les sites d’enfouissement et les incinérateurs contribuent aux changements climatiques et au smog, des substances toxiques s’infiltrent dans les sols et les cours d’eau, et des écosystèmes entiers sont perturbés par les exigences mondiales de la gestion des déchets.

Cette situation résulte de nos décisions et de nos actions collectives, qui reflètent la manière dont nous valorisons, produisons, distribuons, entretenons et éliminons les biens matériels. Aujourd’hui, nous nous demandons : est-il possible d’améliorer notre situation actuelle en examinant les chemins qui nous ont conduits jusqu’ici ?

La culture du faire (making), née de la nécessité et présente tout au long de l’évolution humaine, connaît un regain d’intérêt ces dernières années. Ce renouvellement souligne l’importance de la littératie matérielle pour la résilience des individus et des communautés. En réapprenant et en réactivant des matériaux, des technologies, des savoirs et des pratiques autrefois considérés comme obsolètes, pouvons-nous nous orienter vers une culture matérielle plus humaine et plus durable ?

Cette table ronde et cet atelier réunissent des designers et des archéologues des médias autour des thèmes du réemploi créatif (upcycling), de l’obsolescence, de la littératie matérielle et des communautés de fabrication (maker communities). Ensemble, nous examinerons les pratiques de fabrication à la lumière de leurs contextes historiques, politiques et économiques afin de questionner leur potentiel à renforcer le pouvoir d’agir des individus et à générer de nouvelles façons de donner sens à nos relations avec le monde matériel.

Mots-clés : échelle humaine, revalorisation et réemploi (upcycling/repurposing), [dé]obsolescence, littératie techno-matérielle, conception et production ouvertes, agentivité des matériaux, communautés de makers, design spéculatif, résilience.

Partie 4 —
D’un matériau à l’autre : la traduction comme méthode d’engagement avec les sens et les communautés

Considérant que les matériaux possèdent un potentiel d’agentivité, d’interaction et d’affect, comment la traduction matérielle peut-elle créer de nouvelles expériences humaines ?

Ce ne sont pas les choses en elles-mêmes, mais ce qui se passe entre les choses, que l’on doit chercher à saisir pour comprendre leur vie.

Prospectus du Black Mountain College (vers 1943)

C’est peut-être parce que la traduction est souvent envisagée comme un simple passage d’une langue à une autre que l’on perd de vue à quel point elle traverse la plupart des pratiques créatives. Qu’il s’agisse des arts ou du design, la traduction n’est pas une fenêtre transparente donnant accès à un original. Bien au contraire, elle constitue une matrice qui rend visible l’agentivité des matériaux et met en lumière le rôle du traducteur ou de la traductrice, lequel est loin d’être passif.

Cette conférence présente diverses façons dont les matériaux sont mobilisés de manière créative à travers des processus de traduction et, surtout, comment ils sont eux-mêmes transformés par ceux-ci. Certaines des œuvres abordées envisagent la traduction comme un vecteur de transformation de notre manière de percevoir et de partager les sensations, par exemple en utilisant les paysages sonores urbains dans les hôpitaux ou en abordant la santé mentale à travers la perception haptique. D’autres s’intéressent à la traduction comme moyen de créer des ponts entre les communautés : renforcer la stabilité sociale de la communauté tamoule à Montréal par le son et l’image, ou cartographier une constellation de références autour de collègues étudiant·e·s.

Malgré la diversité de leurs approches, tous ces projets partagent une même conception de la traduction : non pas comme un processus de transparence, mais comme une véritable praxis capable de produire son propre sens.

La traduction est mouvement : du français vers l’anglais, de Critical Materiality vers Media Archaeology, de Montréal vers Toronto. L’objectif est d’explorer ce qui se gagne et ce qui se perd lors du passage d’un matériau à un autre. Ce déplacement permet-il véritablement de créer de nouveaux liens sociaux ? La traduction est-elle à son tour médiatisée par les matériaux qu’elle mobilise ? Comment un contexte spatial et culturel différent transforme-t-il sa signification ?

En abordant collectivement ces questions à travers la pratique et la théorie, cette conférence vise à mettre en lumière les différentes façons dont la traduction peut transformer l’expérience humaine.

Mots-clés : traduction, médiation matérielle, transdisciplinarité, méthodes de collecte, agentivité des matériaux, sensations, communautés.

Photos : Projets de Nathalie Banger, Janice Cheun, Aryel Craan, Golriz Farzamfar, Jessica Filippelli, Alec Mathewson, Patrick Pearce, Maxime Pigeon et Aniesha Sangarapila.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)