People folding paper togheter into origami shapes.

DEMO72 Smitheram, Jarry et Ouellette—Techniques de pliages bio-inspirées

Septembre 2026

Dans cette DEMO, les membres cochercheuses de Concordia Miranda Smitheram et Alice Jarry, le membre étudiant Francis Ouellette, et leur invitée Lucie Leroux, explorent comment le pliage inspiré du vivant peut constituer une pratique de recherche-création à la croisée du design, des systèmes vivants et de la robotique souple. À travers des expérimentations concrètes avec le papier et les textiles, les personnes participantes à l’atelier tenu en avril 2026 ont traduit des principes de croissance, de mouvement et de réactivité observés dans la nature en structures adaptatives.

Alliant biomimétisme, ingénierie de l’origami et design spéculatif, cette approche favorise un processus ouvert et itératif dans lequel le pliage devient un outil dynamique de prototypage de formes réactives et de réinvention des systèmes matériels. L’atelier s’inscrivait dans le cadre de la série d’ateliers Reimagining Research Workshop Series de l’Institut Milieux, un programme de quatre séances pratiques offrant aux étudiants et étudiantes l’occasion d’élargir leurs compétences.


Le pliage comme recherche-création à la croisée du design, des systèmes vivants et de la robotique souple

A folding on a black background.
Francis Ouellette
A folding on a black background.
Francis Ouellette

Approche

Techniques de pliage bio-inspirées était un atelier pratique qui envisageait le pliage comme une méthodologie de recherche-création à la croisée du design, de l’ingénierie et des systèmes vivants. Plutôt que de considérer le pliage comme une opération purement esthétique, l’atelier l’abordait comme un processus dynamique et performatif permettant de transposer, dans l’expérimentation matérielle, des principes de croissance, de déployabilité et de réactivité observés dans les systèmes biologiques.

Animé par Lucie Leroux (Laboratoire textile, Montréal), en collaboration avec Alice Jarry (Speculative Life BioLab) et Miranda Smitheram (MaSH Lab), l’atelier s’inscrivait dans le cadre de la série printanière d’ateliers Reimagining Research de l’Institut Milieux. Il invitait les participant·e·s à explorer le pliage comme un outil spéculatif et relationnel permettant d’expérimenter et de réfléchir aux notions de structure, de mouvement et d’adaptabilité.

Miranda Smitheram, Lucie Leroux and Alice Jarry standing in a room.
Francis Ouellette
Lucie Leroux holding a paper folding.
Francis Ouellette

Cadre théorique

L’atelier s’appuyait sur un cadre interdisciplinaire mobilisant le biomimétisme, la robotique souple, les pratiques textiles et le design spéculatif. Dans cette perspective, le pliage dépasse la simple représentation pour devenir un moyen de traduction permettant de matérialiser des processus observés dans la nature, tels que l’expansion, la locomotion, la réactivité et la transformation.

Influencé par l’ingénierie fondée sur l’origami et les systèmes déployables, l’atelier adoptait une méthodologie de recherche-création mettant l’accent sur le prototypage, les savoirs incarnés et la pensée matérielle. Le pliage y devenait un processus favorisant l’émergence de nouvelles formes de structures adaptatives et réactives, où l’intelligence du vivant et la fabrication humaine se rencontrent et se combinent.

A person folding paper.
Francis Ouellette
Sketches of a costume and an architecture using folding.
Francis Ouellette

Cette approche entre en résonance avec les travaux contemporains en robotique souple inspirée de l’origami, où les modèles de pliage servent à concevoir des systèmes flexibles, légers et déployables. Elle entretient également des liens étroits avec les pratiques textiles, dans lesquelles la surface, la structure et le comportement du matériau constituent des éléments interdépendants d’un même système.

L’atelier a été développé dans le cadre du projet Origami-inspired Deployable Sensoriactuator Soft Robots, financé par le Fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR). Ce projet explore l’intégration des principes du pliage dans des systèmes robotiques réactifs. Il contribue à des recherches en cours qui établissent des passerelles entre l’expérimentation artistique et l’innovation technologique, en s’inspirant des principes du biomimétisme pour concevoir de nouvelles formes et modalités de mouvement.

Folding paper in a flower shape.
Francis Ouellette
A flower bouquet made of origami.
Francis Ouellette

Processus

L’atelier de quatre heures était structuré comme une séquence itérative combinant démonstrations, expérimentations pratiques et réflexion collective finale. Les personnes participantes ont d’abord été initiées à des techniques fondamentales de pliage issues de l’origami et de la manipulation textile. Ces techniques ont été mises en contexte à partir d’exemples tirés de la flore, de la faune et des systèmes naturels du Québec, tels que le mouvement dynamique de la chenille, les motifs complexes des flocons de neige en chute, la structure et le déplacement d’une tornade de feu, ainsi que le motif de croissance hélicoïdale de la défense du narval.

Lucie Leroux presents a slideshow about the origami snowflake pattern.
Francis Ouellette
Slideshow about the narwhal tusks.
Francis Ouellette

À travers des exercices guidés, elles ont réalisé, individuellement et en groupe, une série de prototypes en papier et en tissu. Ces expérimentations ont mis en lumière les relations entre la géométrie et le mouvement, le pliage comme processus de transformation, ainsi que la manière dont les matériaux se comportent, se façonnent et s’adaptent sous différents niveaux de tension, de compression et de déploiement.

L’atelier favorisait une démarche exploratoire ouverte, invitant à combiner les techniques, à tester diverses variations et à développer leurs propres logiques de pliage. L’accent était mis sur le processus plutôt que sur le résultat final, avec une attention particulière portée à l’évolution des formes à travers la manipulation concrète des matériaux et l’itération créative.

Objectifs et résultats

L’atelier visait à présenter le pliage comme une méthodologie de recherche-création, à favoriser les échanges interdisciplinaires entre les pratiques artistiques, le design et l’ingénierie, à fournir des outils accessibles pour le prototypage de structures souples et adaptatives, ainsi qu’à élargir les approches des personnes participantes en matière d’expérimentation matérielle et de création de formes.

Les résultats collectifs de l’atelier ont pris la forme d’une série de prototypes expérimentaux réalisés au cours de la séance, ainsi que du développement d’approches méthodologiques que les participant·e·s pourront intégrer à leurs propres pratiques de recherche, de création et de conception.

A folding.
Francis Ouellette

Favorisant l’expérimentation et la spéculation en design dans les domaines de la mode, des textiles, des intérieurs, de l’architecture et de l’environnement bâti, les prototypes proposent des idées pour la conception et la production de matériaux, de formes, de structures et de systèmes qui sont modelés sur des entités et des processus biologiques.

A folding.
Francis Ouellette
A folding.
Francis Ouellette

Ressources techniques

L’atelier faisait appel à des matériaux et à des outils accessibles et peu technologiques, notamment du papier ainsi que des supports textiles comme l’organza de soie et le coton, des outils de découpe et de rainurage, ainsi que des gabarits de pliage et des guides de motifs. Aucune expertise technique préalable n’était requise. L’accent était mis sur l’engagement pratique et l’exploration des matériaux plutôt que sur l’utilisation d’équipements spécialisés. L’atelier s’est déroulé dans la salle de ressources de l’Institut Milieux, au sein d’un environnement de recherche favorisant l’expérimentation interdisciplinaire dans les domaines des arts, de la culture et des technologies.


Lucie Leroux est une designer textile basée à Montréal et la fondatrice du Laboratoire Textile. Formée en design et en architecture en France, elle a débuté sa carrière dans le domaine de l’éclairage architectural avant de s’orienter vers les pratiques textiles après son installation au Canada. Son travail explore les relations entre le motif, la lumière et la matière, s’appuyant notamment sur son expérience acquise dans le cadre de projets d’envergure tels que l’Exposition universelle de Shanghai et la conception de costumes pour le Cirque du Soleil. Depuis la fondation du Laboratoire Textile en 2012, elle a développé une pratique axée sur la recherche, à la croisée de l’artisanat, du design et de l’expérimentation. Lucie Leroux a présenté ses réalisations dans plusieurs institutions québécoises, notamment au Musée des beaux-arts de Montréal et au Musée de la civilisation de Québec. Elle enseigne les pratiques textiles depuis 2014 et continue de contribuer aux réflexions contemporaines sur le textile par l’entremise d’ateliers, de projets de recherche et d’activités pédagogiques

Dr. Alice Jarry est artiste-chercheuse et professeure agrégée en design et arts computationnels à l’Université Concordia, où elle est titulaire de la Chaire de recherche de l’Université Concordia sur les pratiques critiques des matériaux et de la matérialité. Elle occupe également les fonctions de directrice associée de l’Institut Milieux et de directrice du Speculative Life Biolab. Sa pratique interdisciplinaire se situe à l’intersection du bioart, de la science des matériaux et du design socioenvironnemental. Ses recherches portent notamment sur les systèmes réactifs, les biomatériaux et les matières résiduelles. À travers des installations, des ateliers et des projets de recherche collaborative, elle explore la manière dont la transformation de la matière, au croisement des lieux, des technologies et des communautés, peut générer des formes adaptatives et favoriser des relations socioenvironnementales résilientes. Elle est cochercheuse principale du projet Origami-inspired Deployable Sensoriactuator Soft Robots, financé par le Fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR).

Dr. Miranda Smitheram est chercheuse en design, artiste et pédagogue, ainsi que professeure agrégée en Material Futures au Département de design et d’arts computationnels de l’Université Concordia. Elle est codirectrice du regroupement de recherche Textile and Materiality et directrice du MaSH Lab à l’Institut Milieux. Originaire d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande), sa pratique s’appuie sur des méthodologies tactiles et incarnées qui privilégient la collaboration avec les environnements, en considérant les écosystèmes, les matières socioculturelles et les entités plus-qu’humaines comme des participant·e·s actifs aux processus de création et de recherche. Ses travaux explorent les pratiques matérielles décoloniales à travers une éthique du soin et de la relation. À l’intersection de la biofabrication, des surfaces et structures textiles ainsi que des procédés numériques, elle s’intéresse à la manière dont la transformation des matériaux peut contribuer à l’émergence d’avenirs durables ancrés dans les réalités locales. Elle est cochercheuse du projet Origami-inspired Deployable Sensoriactuator Soft Robots, financé par le Fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR).

Francis Ouellette est un artiste multidisciplinaire établi à Montréal qui conjugue les rôles de photographe, designer, musicien, organisateur et archiviste. Diplômé en arts computationnels, il poursuit actuellement une maîtrise en design portant sur les enjeux liés aux déchets, à la contamination et à la décomposition. Membre d’Interzone Editions, il assure également la gestion de No Exp. Son travail a été présenté dans le cadre d’événements et de lieux reconnus, notamment MUTEK, le Centre PHI, la Cinémathèque québécoise, le Festival TransAmériques et le Silencio Club, entre autres. Il a collaboré avec le Centre CLARK, l’Institut Milieux, l’Applied AI Institute et les Conférences Hypothèses, et a également participé à la résidence d’artistes SÍM Artist Residency en Islande. À titre d’auxiliaire de recherche pour l’atelier, Francis Ouellette a contribué au soutien des activités de recherche-création et à l’accompagnement des participant·e·s tout au long des expérimentations pratiques.

Remerciements

Cet atelier s’inscrivait dans le cadre du projet de recherche financé par le Fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR), Origami-inspired Deployable Sensoriactuator Soft Robots. L’équipe de recherche est composée de Hamid Akbarzadeh (chercheur principal), Alice Jarry (cochercheuse principale), Miranda Smitheram, Marta Cerruti et David Meger (cochercheur·euse·s). L’événement a bénéficié du soutien du Réseau Hexagram. Un appui supplémentaire a été fourni par l’Milieux Institute de l’Université Concordia, ainsi que par le MaSH Lab et le Speculative Life Biolab.

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