Plante tropicale "Putricia".

Teletrophicate(s) : les intrications de l’énergie et de l’écologie

Rencontres interdisciplinaires 2020

Un texte de Matthew Halpanny et Philippe Vandal

Introduction

Teletrophicate(s) a débuté comme un projet de recherche-création centré sur deux organismes spéculatifs conçus comme des hybrides entre les technologies numériques et les écosystèmes naturels. Alors que nous étudiions des méthodes permettant de récolter de l’énergie à partir des communautés microbiennes anaérobies présentes dans la boue, nous avons simultanément approfondi nos lectures sur l’écologie, l’énergie et la matérialité. Peu à peu, un réseau de questions beaucoup plus vaste s’est déployé devant nous. À travers notre démarche de recherche-création, participions-nous à une réflexion critique ou contribuions-nous, au contraire, à un système plus large de malentendus écologiques ?

Teletrophicate(s) s’est ainsi transformé en une pratique engagée de recherche, de discussion, de réflexion et de réapprentissage. Le présent texte constitue l’aboutissement de cette étude. Cet essai est structuré à la fois comme une réflexion critique et comme une recherche concrète gravitant autour de la conception spéculative des organismes hybrides Teletrophicate(s).

Nous commencerons par présenter les dimensions conceptuelles du projet ainsi que les orientations techniques de notre recherche. Ensuite, nous examinerons ce qui définit un écosystème et les enjeux politiques liés à la formation des environnements. Après tout, « il n’existe pas de récits neutres. Une présentation narrative commence, pour autant que telle soit son intention, bien avant d’expliciter la perspective qu’elle met en cadre » (Stengers, p. 189).

Pour comprendre comment nous affectons les écosystèmes, nous devons d’abord comprendre ce qu’est un écosystème et la manière dont nous définissons notre relation à celui-ci. Ce texte ne s’attarde pas aux descriptions scientifiques traditionnelles. Il cherche plutôt à déconstruire la tendance scientifique à objectiver les systèmes naturels et à la remplacer par des concepts systémiques relevant de la sémiotique et des « écologies de l’esprit » (ecologies of mind) de Gregory Bateson.

Il est essentiel non seulement de déconstruire notre conception de la nature, mais aussi d’examiner comment ces écologies de l’esprit influencent à la fois la construction des technologies et la destruction des écosystèmes. Entremêlées à ces écologies se trouvent des relations complexes impliquant l’individu, la société, le capitalisme et l’énergie.

L’énergie et la matérialité servent ici de point d’entrée pour comprendre comment le capitalisme a façonné une écologie de l’esprit dominante dans notre rapport à la nature, menant à des processus extractivistes qui perturbent les écosystèmes au nom du profit. À sa manière, Teletrophicate(s) aborde chacune de ces problématiques. Chaque élément de notre recherche-création agit comme un point d’ancrage au sein d’un vaste réseau d’écologies interdépendantes et enchevêtrées.

Teletrophicate(s) emprunte son nom à la télégraphie, le processus de communication à distance, et à l’eutrophisation, phénomène de dégradation écosystémique résultant notamment de proliférations excessives d’algues. Comme son nom le suggère, ces organismes représentent les propriétés extractivistes et parasitaires des dispositifs de télécommunication (tels que l’infonuagique et les infrastructures Internet) ainsi que leurs effets sur les écosystèmes naturels.

Chaque organisme de Teletrophicate(s) est conçu avec des modules (« organes ») lui permettant de survivre indépendamment de toute intervention humaine. Les écosystèmes constituent un réseau délicat d’interrelations; de nombreuses espèces ne peuvent subsister sans les échanges symbiotiques qu’elles entretiennent avec d’autres. Cette interdépendance se manifeste, par exemple, dans la dépendance des fleurs envers les pollinisateurs pour leur reproduction, ou encore dans celle des spectaculaires floraisons des régions désertiques envers l’eau, rare dans ces environnements arides. Bien que particulièrement visible dans les milieux extrêmes comme les déserts, cette dynamique est loin de leur être exclusive.

Dans Teletrophicate(s), cette tension est recréée par la dépendance mutuelle de chaque organisme envers un second organisme identique pour assurer sa survie. Le projet a envisagé quatre environnements dans lesquels ces organismes pourraient coexister : le désert, les tourbières, les forêts et l’espace. Chacun de ces milieux présente des défis particuliers.

Dans le désert, les organismes étaient imaginés comme des entités mobiles alimentées par l’énergie solaire. Dans les tourbières, ils prenaient la forme d’organismes fixes dédiés aux communications à longue distance. En forêt, ils étaient conçus comme des organismes stationnaires dépendant de transmetteurs de type insectoïde. Dans l’espace, ils utilisaient les satellites de manière symbiotique pour transmettre des informations à travers les régions polaires.

Pour des raisons qui deviendront évidentes par la suite, nous avons orienté nos recherches vers des organismes capables de récolter leur énergie grâce à des microbes anaérobies semblables à ceux que l’on trouve dans les milieux humides, les marécages et les tourbières. Notre conception puise ainsi son énergie dans la boue, ou plus précisément dans les communautés microbiennes qui y vivent.

Figure 1 : Croquis conceptuel d’un organisme Teletrophicate(s) (à gauche) ; diagramme de conception spéculative (à droite).
Figure 1 : Croquis conceptuel d’un organisme Teletrophicate(s) (à gauche) ; diagramme de conception spéculative (à droite).

Pour récolter l’énergie produite par les microbes anaérobies, nous avons construit plusieurs prototypes de piles à combustible microbiennes. Ces piles reposent sur des dispositifs électroniques à très faible consommation capables d’augmenter et de stocker les faibles tensions générées par les voies métaboliques des micro-organismes.

L’organisme prototype comprend trois « organes » :

  1. une pile à combustible microbienne qui produit l’énergie nécessaire à l’organisme grâce à la décomposition de matière organique ;
  2. un transmetteur sans fil alimenté de façon intermittente par cette énergie ;
  3. un réservoir d’algues contenant les nutriments requis à la poursuite de son cycle de vie.

La décomposition métabolique qui se produit dans les piles génère une faible quantité d’énergie ionique, laquelle est emmagasinée dans les circuits intégrés à l’organisme. Lorsque suffisamment d’énergie est disponible, celle-ci active le transmetteur et permet ainsi la communication entre les organismes.

Les probabilités d’établir une communication demeurent toutefois faibles. L’énergie microbienne ne produit que de très faibles tensions, de l’ordre du microvolt, et nécessite des heures, voire des jours, pour atteindre un niveau de puissance exploitable. Comme leur production énergétique est directement liée à la croissance microbienne, sujet qui sera développé plus loin dans cet essai, leurs réserves d’énergie augmentent à mesure qu’ils consomment davantage de matière organique.

Ainsi, plus les organismes se rapprochent de leur fin de vie, plus leurs tentatives de communication deviennent pressantes et fréquentes, augmentant par conséquent leurs chances d’entrer en contact avec l’autre organisme.

Si les deux organismes parviennent à communiquer, ils s’envoient mutuellement une requête leur indiquant de « fleurir » (bloom), déclenchant la libération d’algues dans la cellule de l’autre organisme. Cette action permet de poursuivre le cycle en renouvelant la matière disponible. Leurs cycles de vie sont donc profondément entrelacés, dépendant de l’énergie produite par les écosystèmes qu’ils habitent.

Énergie microbiale

Contrairement aux méthodes extractives de « production » d’énergie, bien que le deuxième principe de la thermodynamique nous rappelle qu’il ne s’agit en réalité que d’une transformation, la récolte d’énergie (energy harvesting) capte l’énergie provenant de processus en cours plutôt que de réserves fixes. Le charbon, par exemple, constitue une ressource fixe : son énergie résulte d’un très long processus géologique et son utilisation consiste à libérer l’énergie qui y a été accumulée. L’énergie processuelle, quant à elle, provient de phénomènes vivants ou dynamiques tels que le métabolisme, le vent ou encore l’énergie photosynthétique.

Les piles à combustible microbiennes récoltent l’énergie produite par des communautés de microbes anaérobies. Ces communautés peuvent se trouver dans des sols secs ou humides; dans notre cas, nous nous intéressons aux sols humides, c’est-à-dire à la boue.

Le processus de récolte de l’énergie contenue dans la boue repose sur la fabrication d’électrodes spécialement conçues pour accueillir des colonies microbiennes. Une configuration de base nécessite une anode et une cathode, enfouies dans un milieu capable de conduire le courant électrique à travers un circuit. Nos électrodes sont fabriquées à partir d’un fin treillis d’acier et de charbon activé.

Le charbon activé est broyé puis fortement compressé afin de former un disque de charbon (figure 2), maintenu en place par une très faible quantité de résine époxy. Le charbon fournit un support favorable à la croissance des microbes anaérobies, tandis que l’acier agit comme une structure conductrice résistante à la corrosion, permettant de canaliser l’énergie produite vers un fil de cuivre.

Figure 2: Électrode en treillis d’acier inoxydable et charbon activé (à gauche) ; positionnement des électrodes à l’intérieur d’une pile à combustible microbienne (MFC) (à droite).
Figure 2: Électrode en treillis d’acier inoxydable et charbon activé (à gauche) ; positionnement des électrodes à l’intérieur d’une pile à combustible microbienne (MFC) (à droite).

The anode is placed within the mud and the cathode is placed slightly above it and needs to be exposed to air. As the biofilm grows on the anode, the anaerobic microbes metabolize decaying matter and produce an excess of protons. These protons are drawn to the cathode where hydroxylation occurs, consuming electrons.The creation of electrodes within the biofilm, and their consumption on the cathode produces a potential. The electrons travel towards the cathode (potential) and can be harvested along the way.

Figure 3 : Diagramme scientifique illustrant le processus métabolique d’une pile à combustible microbienne. © S. Kim

Les piles à combustible microbiennes appartiennent au domaine de la récolte d’énergie ultra-faible (ultra-low energy harvesting), un champ de recherche relativement récent. Ce domaine s’intéresse à des dispositifs capables de s’alimenter eux-mêmes à partir de niveaux d’énergie aussi faibles que 20 mV. Or, la plupart des appareils électroniques modernes nécessitent au minimum 3 300 mV (3,3 V), à une intensité de courant donnée, pour fonctionner correctement.

Pour exploiter de tels niveaux d’énergie, il est nécessaire d’utiliser des composants électroniques eux-mêmes conçus pour fonctionner avec une très faible consommation. Jusqu’à récemment, il était donc impossible de fabriquer des circuits suffisamment sensibles pour capter et valoriser des sources d’énergie aussi faibles.

Afin de récolter concrètement l’énergie produite par les microbes, plusieurs composants sont nécessaires :

  • un transformateur de rapport 1:100 ;
  • un convertisseur élévateur DC/DC (step-up converter) ;
  • un ensemble de condensateurs ;
  • un supercondensateur ;

le tout devant être conçu pour des applications à ultra-faible consommation énergétique.

Nous avons développé un circuit de gestion de puissance (Power Management Circuit, PMC) destiné à capter et à stocker l’essentiel de l’énergie dans un supercondensateur. Comme le PMC fonctionne à partir d’une tension de seulement 20 mV, et que la moindre fluctuation peut affecter la stabilité du système électronique, plusieurs condensateurs sont utilisés afin d’emmagasiner l’énergie et de lisser ces variations.

La tension initiale de 20 mV est d’abord traitée par le transformateur puis stockée dans les deux premiers condensateurs. Une fois une quantité suffisante d’énergie accumulée, le convertisseur DC/DC est activé. L’énergie circule alors à travers celui-ci, tout en continuant à charger les condensateurs intermédiaires, avant d’être stockée dans un supercondensateur final à 3,3 V.

Cette tension de 3,3 V sert ensuite à alimenter un microcontrôleur chargé des transmissions lorsque suffisamment d’énergie a été accumulée.

Comme on peut l’imaginer, le processus permettant de convertir et de stocker suffisamment d’énergie pour passer de 20 mV à 3,3 V est relativement lent. Dans notre prototype, une recharge complète nécessite environ douze heures.

Figure 4 : Prototype du circuit de gestion de puissance (Power Management Circuit, PMC) développé pour Teletrophicate(s).

Comme l’objectif de cet article n’est pas d’ordre technique, nous conclurons cette présentation des aspects spécifiques du projet avec un graphique illustrant les tensions électriques obtenues. Les piles à combustible microbiennes peuvent produire des tensions allant d’environ 20 mV à plusieurs volts lorsque les conditions sont optimales. Les cellules atteignant les tensions les plus élevées sont généralement développées en laboratoire.

Afin d’obtenir de meilleurs résultats dans une démarche de fabrication artisanale, nous avons prélevé un échantillon de boue provenant d’un marécage ancien et écologiquement sain du Parc national du Mont-Tremblant, puis nous l’avons enrichi avec de la farine d’os (bone meal), un nutriment particulièrement apprécié des bactéries anaérobies.

Les piles à combustible microbiennes nécessitent également une période de croissance avant d’atteindre leur plein potentiel, un processus intimement lié au développement du biofilm microbien. Les résultats obtenus sont présentés à la figure 5 et ont été mesurés sur une période de 30 jours.

Comme l’énergie produite provient d’une culture vivante, elle est soumise à des fluctuations naturelles. La tension a atteint un maximum d’environ 510 mV avant de chuter jusqu’à près de 100 mV au 18e jour sous l’effet de facteurs de stress environnementaux.

Figure 5 : Tension produite par la pile à combustible microbienne (croissance du biofilm) sur une période d’un mois.

Écologies (Déconstruire la nature)

Pour examiner de manière critique n’importe quel élément de ce projet, il est nécessaire de comprendre la relation entre l’humain et la nature, ainsi que la manière dont ces concepts sont construits.

La définition même de ce qui est « naturel » est complexe. Elle est souvent établie en opposition aux pratiques sociales et culturelles humaines. Nous avons tendance à ne pas nous considérer comme faisant partie de la nature : celle-ci est perçue comme un espace extérieur à la culture humaine et à la ville, un lieu à visiter, un refuge ou une échappatoire. Il est important de préciser que cette conception n’est pas universelle. Afin d’éviter toute confusion, nous utiliserons le terme « modernes », emprunté à Bruno Latour, pour désigner les humains qui se sont progressivement éloignés de la nature par l’entremise des sciences et des technologies.

Les sciences dites « dures » reposent sur des opérations de réduction et d’abstraction, mais il n’existe aucun récit neutre. Le processus même de récolte d’énergie est intrinsèquement politique. L’énergie et la chaleur possèdent une histoire intimement liée à la révolution industrielle et au capitalisme. Pour expliquer comment les sciences dures peuvent engendrer des problèmes politiques, Didier Debaise reprend un concept d’Isabelle Stengers qu’il nomme le « geste galiléen ». Ce geste consiste à isoler une idée de l’ensemble de ses relations afin de pouvoir l’étudier. L’expression fait référence à Galilée, qui utilisait des conditions expérimentales contrôlées pour reproduire certaines lois physiques. En somme, il s’agit de réduire un phénomène à une unité unique et isolée.

Cette approche entretient une relation problématique avec les méthodes extractivistes centrées sur le capital, puisqu’elle tend à considérer les éléments des systèmes naturels comme des unités quantifiables indépendantes les unes des autres. Une propriété doit d’abord être sélectionnée, puis isolée et purifiée avant de devenir un objet expérimental. Comme l’écrit Stengers, un tel objet est donc profondément dépendant de nos intérêts et de nos pratiques.

Selon Debaise, ce geste extrait d’un corps toutes ses qualités relationnelles pour le transformer en une forme quantifiable pouvant être manipulée expérimentalement. Si l’on adopte une vision localisée du charbon, par exemple, toutes les relations extérieures qui le constituent sont écartées afin de le réduire à sa seule valeur énergétique. Dans cette perspective, une forêt n’est plus un réseau d’espèces interdépendantes, mais un ensemble de composantes quantifiables. Pour être quantifiée, elle doit être rendue immédiatement présente comme un objet distinct. La forêt devient alors une liste d’espèces, de dimensions et de propriétés matérielles. L’arbre est défini par sa hauteur, son poids, son âge ou sa densité, mais non plus par ses relations.

En supprimant ces relations, on ignore les liens de causalité qui unissent les différents corps de la forêt. Lorsqu’une forêt est rasée pour produire de l’énergie thermique, seule l’énergie obtenue est prise en considération. Les conséquences produites par cet acte extractif demeurent invisibles parce que les propriétés relationnelles ont été exclues de l’analyse.

Si un écosystème ne peut être entièrement réduit à des valeurs quantitatives, comment le définir ? Il pourrait sembler contradictoire de chercher à définir les écosystèmes naturels tout en tentant de déconstruire la culture des modernes. Pourtant, ce projet cherche précisément à perturber ce récit dominant en mettant en évidence l’importance de déconstruire les narratifs nuisibles et en spéculant sur d’autres façons de vivre avec les systèmes naturels et au sein de ceux-ci.

La difficulté à définir la nature provient en grande partie de son caractère abstrait et de son association historique avec la notion coloniale de nature sauvage (wilderness). Les concepts de nature et de nature sauvage instaurent une fausse opposition entre les systèmes humains et les systèmes naturels. La nature n’est ni un objet ni une idée : elle est un système.

Ludwig von Bertalanffy, fondateur de la théorie générale des systèmes, a largement contribué à l’étude de l’écologie en définissant les systèmes comme des ensembles cohérents de parties interreliées et interdépendantes, qu’ils soient naturels ou fabriqués. Toute modification d’une partie du système affecte généralement les autres parties ainsi que le système dans son ensemble. Le geste de localisation tente au contraire d’isoler chacune de ces parties afin de les quantifier et de les extraire. Or, pour comprendre réellement le fonctionnement d’un système, il faut l’appréhender dans sa totalité. Les éléments qui le composent ne peuvent être expliqués individuellement, car le système dépasse toujours la simple somme de ses parties.

De nombreux philosophes, biologistes et informaticiens ont tenté d’expliquer ce phénomène d’émergence. Au fil de nos recherches, plusieurs d’entre eux nous ont ramenés à Alfred North Whitehead, mathématicien et philosophe, auteur de Process and Reality. Sa manière de concevoir les processus systémiques est particulièrement utile lorsqu’on commence à envisager la nature comme une expérience vécue plutôt que comme une réalité purement objective.

Le passage de la matérialité à la subjectivité peut sembler difficile à saisir à travers le langage des modernes. Comment la nature pourrait-elle être une expérience ? Comment un objet pourrait-il lui-même relever de l’expérience ? La pensée de Whitehead établit un pont entre le matériel et l’immatériel, entre l’expérience et la différence.

Selon lui, les qualités subjectives sont constituées à la fois d’entités actuelles et d’entités abstraites. Dans le cadre conceptuel des modernes, il est facile de penser les choses comme atomiques et indivisibles, puisque telle est précisément la logique de la localisation. Cette forme atomique constitue ce que Whitehead appelle l’entité actuelle. Appliquée à l’expérience, celle-ci devient une occasion d’expérience : une unité fondamentale et indivisible d’expérience subjective qui ne se superpose pas aux autres.

Pour concevoir une idée, l’esprit doit l’identifier. Or, cette identification repose sur l’ensemble des expériences antérieures. Dans cette perspective, l’idée de nature est constituée de toutes les parties perçues de la nature, réassemblées sous forme d’occasions d’expérience. Les modernes ont tendance à concevoir la nature comme une totalité monadique, car c’est la seule manière de la quantifier et de l’identifier.

À l’opposé de cette conception atomiste, inspirée du concept de monade de Leibniz, défini comme une entité absolue et sans fenêtre, Whitehead affirme que l’expérience de la nature est un « composé d’un nombre indéfini d’occasions d’expérience », toutes reliées entre elles à travers le temps. La connectivité devient alors fondamentale. Même si les unités sont indivisibles, elles demeurent dépendantes de leurs relations. Ces relations ne peuvent être séparées des entités elles-mêmes sans produire des effets dans le système.

Ainsi, l’idée de nature correspond à un système abstrait d’occasions d’expérience interconnectées. Ces occasions ne sont pas « sans fenêtre », mais au contraire « entièrement ouvertes ». C’est ce que Whitehead nomme son principe ontologique : toute réalité attribuée à une abstraction dérive d’entités actuelles.

La théorie des systèmes rejoint cette intuition. La complexité se manifeste à des niveaux hiérarchiques abstraits qui émergent à partir d’unités plus petites. Dès lors, lorsque nous parlons de récolter de l’énergie à partir des systèmes écologiques, il ne s’agit pas d’isoler une source d’énergie, mais de préserver l’interconnexion des systèmes naturels et de travailler en harmonie avec celle-ci. Dans les piles à combustible microbiennes, ce système comprend le sol, les microbes, l’eau, le soleil, la matière organique, la mort, la décomposition et le transfert de l’énergie biochimique.

La philosophie de Whitehead nous aide non seulement à définir les idées en relation avec les substances matérielles, comme les arbres, la boue ou l’eau, mais également à concevoir le rapport entre la matière et l’immatériel, entre la substance et l’idée.

Les liens de causalité associés au principe ontologique de Whitehead s’étendent également aux notions d’esprit, de frontières et d’échange d’information. Les représentations des modernes sont à la fois produites par les expériences de la nature et productrices de celles-ci. En localisant la nature, les modernes la conçoivent comme quelque chose de statique et de réductible. Cette écologie interne des idées détermine ensuite la manière dont ils agissent sur la nature, conduisant à des pratiques extractivistes qui perturbent les écosystèmes.

Gregory Bateson qualifie cette dynamique d’« écologie de l’esprit ». Selon lui, il s’agit d’une nouvelle manière de penser les idées et les ensembles d’idées que nous appelons « esprits ». Il soutient également que le monde mental n’est pas limité par les frontières du corps. Il fait ici référence à un univers de traitement de l’information inspiré de la cybernétique.

Les différents niveaux d’organisation biologique, de la cellule au tissu, du tissu à l’organe, de l’organe à l’organisme, puis de l’organisme à l’écosystème, sont produits par des systèmes de rétroaction fondés sur l’échange d’informations. Ces niveaux interagissent avec leur environnement en le percevant et en agissant sur lui, générant ainsi de nouvelles expériences et de nouvelles configurations.

S’inspirant à la fois de la cybernétique de Norbert Wiener et de l’affirmation d’Alfred Korzybski selon laquelle « la carte n’est pas le territoire », Bateson souligne que les frontières sont des constructions mentales. Elles correspondent aux différences par lesquelles l’esprit découpe un continuum pour le rendre intelligible.

Il en va de même pour les cellules, les organismes ou les écosystèmes : leurs frontières sont des constructions conceptuelles qui aident les modernes à organiser leurs idées. Les humains ne sont pas séparés des systèmes naturels ; cette séparation n’existe que sur la carte et non dans le territoire réel.

Nos corps sont constamment en communication avec d’autres corps vivants et avec leur environnement. Nous sommes inséparables des écosystèmes naturels et nous en faisons partie tout autant que n’importe quel autre agent. Nos idées sont elles-mêmes liées à la santé de ces écosystèmes et à notre propre survie. Comme l’écrit Bateson, « le nexus individuel que j’appelle “moi” cesse d’être aussi précieux lorsqu’on comprend qu’il n’est qu’une partie d’un esprit plus vaste ».

Conscient du défi que représente l’acceptation d’une telle perspective dans la culture des modernes, Bateson conclut que « la tâche la plus importante aujourd’hui est peut-être d’apprendre à penser d’une manière nouvelle ».

Techno-géographies

L’une des inspirations télégraphiques à l’origine de Teletrophicate(s) provient de recherches menées sur les réseaux de capteurs écologiques. Ces réseaux peuvent poursuivre des objectifs variés et être, ou non, autonomes sur le plan énergétique. La plupart des systèmes que nous avons étudiés ont été sélectionnés en raison de leur utilisation de piles à combustible microbiennes (MFC) ou de piles à combustible microbiennes du sol (Soil Microbial Fuel Cells, S-MFC) comme source d’énergie pour alimenter des capteurs fonctionnant de manière intermittente au sein des écosystèmes.

Dans sa version actuelle, Teletrophicate(s) n’intègre pas de dispositifs de détection (sensing), bien que cette possibilité ne soit pas exclue dans les développements futurs. Une telle fonction pourrait notamment permettre à l’organisme d’acquérir une certaine autonomie dans la recherche et la gestion de ses propres sources d’énergie.

Même sans système de détection intégré, plusieurs des modèles de piles à combustible microbiennes étudiés lors de la conception de notre prototype étaient conçus pour transmettre périodiquement des données vers des stations de recherche. Tout comme notre propre dispositif, ces systèmes dépendent de l’énergie produite par leur environnement. Les capteurs collectent ainsi des données au sein des écosystèmes puis les transmettent aux chercheurs uniquement lorsqu’une quantité suffisante d’énergie est disponible.

Puisqu’ils reposent sur l’énergie résiduelle générée par les écosystèmes, ces transmetteurs nécessitent souvent entre sept heures et une journée complète pour envoyer une quantité relativement limitée de paquets de données (Yang, p. 90). Ces réseaux permettent néanmoins de recueillir des informations environnementales, telles que la qualité de l’air ou les niveaux de pollution de l’eau, tout en produisant continuellement leur propre énergie.

Un exemple de réseau de capteurs alimenté par récolte d’énergie est le système flottant développé par Schievano et ses collaborateurs. Ce dispositif tire l’intégralité de son énergie des communautés microbiennes vivant dans l’eau située sous la plateforme, tandis que les parois du système agissent comme une cathode enveloppante. En étant déployées directement dans un plan d’eau, ces piles à combustible microbiennes produisent davantage d’énergie que leurs équivalents en milieu sec, ce qui leur permet de transmettre plus fréquemment des données sur les niveaux de pollution aquatique.

Figure 6 : Réseau flottant de capteurs alimenté par des piles à combustible microbiennes (MFC), développé par Schievano et ses collaborateurs.

Au cours de nos recherches, nous avons découvert une variété de systèmes de transmission conçus pour des applications à faible consommation énergétique et à longue portée. Pour Teletrophicate(s), nous avons utilisé le transmetteur ESP-01, un module Wi-Fi populaire au sein de la communauté des makers.

Notre circuit de gestion de puissance stocke l’énergie disponible dans ses supercondensateurs. Lorsque ceux-ci accumulent suffisamment d’énergie, ils peuvent alimenter le module de transmission pendant environ 30 secondes (Yang, p. 90). Le module ESP-01 existe en plusieurs variantes ; nous avons choisi de travailler avec le ESP8266-01, un module Wi-Fi/Bluetooth très abordable qui peut être programmé à l’aide de l’environnement Arduino IDE.

Ce matériel a été sélectionné parce qu’il est important pour nous de travailler avec des logiciels et des technologies libres et ouvertes (open source), afin de permettre à d’autres passionnés d’explorer les piles à combustible microbiennes et les communications en réseau à moindre coût. Nous avons programmé le ESP8266-01 pour qu’il envoie un petit paquet de données au format JSON vers un routeur Wi-Fi situé à proximité. Celui-ci redirige ensuite les données vers l’un de nos serveurs, nous permettant ainsi d’afficher et d’enregistrer les messages transmis par l’organisme.

Cette conception a été pensée pour un contexte de proximité urbaine. Si l’organisme devait être installé dans un lieu éloigné, un émetteur-récepteur radio à longue portée remplacerait le module Wi-Fi et permettrait à l’organisme de s’appuyer sur les infrastructures existantes.

Les réseaux de capteurs peuvent fonctionner comme des outils de localisation et de numérisation, ou encore comme ce que Jennifer Gabrys appelle la « programmabilité », laquelle influence la formation sémiotique des environnements qu’ils habitent ainsi que leur mode de fonctionnement. Nous reviendrons sous peu sur cette notion de programmabilité.

Avant cela, examinons l’utilisation du design spéculatif comme moyen de régénérer des écosystèmes dégradés. En combinant des piles à combustible microbiennes, la robotique et des réseaux de capteurs, l’artiste Ivan Henrique a créé un essaim de robots capables de récolter de l’énergie et de contribuer à la dépollution des milieux aquatiques. Chaque robot du projet Caravel possède une structure hexagonale qui permet aux unités de l’essaim de s’assembler entre elles afin de former, lorsque nécessaire, des ensembles plus vastes.

Figure 7 : Robots environnementaux à piles à combustible microbiennes (MFC) du projet Caravel. © Ivan Henrique.

« Les eaux polluées des lacs et des lagunes contiennent diverses substances chimiques qui servent de nourriture aux bactéries productrices d’électricité. Dans ces conditions, Caravel peut fonctionner comme une colonie de bio-machines filtrantes qui habitent leur environnement afin de nettoyer et de purifier l’eau tout en récoltant leur propre énergie, dérivant lentement à travers des zones éloignées et des eaux urbaines polluées » (Henrique).

Des projets de design spéculatif comme celui d’Henrique peuvent nous aider à imaginer et à concevoir des systèmes symbiotiques qui existent au sein des écosystèmes naturels et contribuent à atténuer les dommages accumulés par les processus extractivistes. Toutefois, si les systèmes de capteurs peuvent s’inscrire dans une relation symbiotique avec leur environnement, ils peuvent également avoir des conséquences inattendues en renforçant les logiques de localisation et de contrôle par l’intermédiaire de ce que Jennifer Gabrys appelle la programmabilité.

Programmabilité

La programmabilité consiste à « programmer » la Terre. Elle envisage les environnements non pas nécessairement comme de simples extensions de l’humain, mais plutôt comme de nouvelles configurations, ou « techno-géographies », qui se matérialisent à travers les technologies, les personnes, les pratiques et les entités non humaines (Gabrys, p. 4).

Jennifer Gabrys n’est pas étrangère à la pensée de Whitehead. Sa notion de techno-géographie est directement liée à son principe ontologique, tout comme elle rejoint, sous certains aspects, ce que Bateson décrivait par l’expression « écologie de l’esprit ». Plus précisément, la notion de techno-géographie formulée par Gabrys critique la localisation des données au sein des environnements ainsi que la rhétorique réductrice de leur « dividuation » produite par les paradigmes de l’informatique ubiquitaire proposés notamment par Mark Weiser et par le projet Smarter Planet d’IBM.

Smarter Planet était conçu comme un hypothétique « système de systèmes » visant à mettre en réseau les dispositifs numériques à l’échelle de la planète. Ce projet a suscité des visions d’« une véritable écologie, un environnement informationnel massivement connecté […] une immense créature numérique » (Gabrys, p. 6). Il apparaît rapidement que ce type de réseau demeure centré sur l’humain à travers son usage des technologies numériques. Il n’intègre pas l’humain comme composante d’un assemblage écologique planétaire, mais tend plutôt à diviser la planète entre humains et données. Le paradigme de l’informatique ubiquitaire était conçu pour « aider les humains, non leur nuire » (Gabrys, p. 7).

La programmabilité subjectivise les données non seulement en assignant à celles-ci un rôle particulier dans l’environnement, mais également en négligeant la manière dont l’énergie circule à travers les systèmes. Les humains sont eux-mêmes des systèmes biologiques dont les frontières sont définies par leurs organes, tels que la peau ou le système digestif, qui créent une distinction entre intérieur et extérieur. Les prolongements technologiques que les modernes développent afin d’étendre leurs capacités agissent comme des extensions de leurs corps. De la même manière que nos corps agissent sur leur environnement, ces prolongements technologiques interviennent à leur tour sur le monde extérieur.

Les environnements programmés, tels que les réseaux de capteurs, mettent en évidence ce que Whitehead appelle la concrescence, c’est-à-dire le processus de croissance conjointe et de formation ou de reformation des frontières entre technologie, données, perception et culture, selon des modes d’opération prédéfinis. En programmant ces modes d’opération, il devient possible de mobiliser l’énergie à des niveaux dépassant les limites de la durabilité.

Nos corps dépendent de la nourriture produite au sein des écosystèmes. Pour obtenir cette nourriture, nous devons interagir avec les environnements naturels afin de transformer les nutriments disponibles en matière digestible. Autrement dit, nous devons cultiver notre subsistance. Nos prolongements technologiques, quant à eux, sont largement affranchis de cette contrainte et tirent souvent leur énergie de processus extractifs peu durables, qu’il s’agisse du lithium, du pétrole ou d’autres ressources similaires.

La programmabilité est donc fondamentalement politique. Les programmes développés par le code et le matériel informatique possèdent des modes de fonctionnement précis et stabilisés. Les personnes qui conçoivent ces systèmes imposent inévitablement un point de vue subjectif sur les environnements dans lesquels ils sont déployés.

Nous ne soutenons pas que les chercheurs qui développent des réseaux de surveillance environnementale agissent avec de mauvaises intentions. Nous suggérons plutôt que la mise en données des environnements par ces réseaux produit des écologies de données qui influencent notre perception des systèmes qu’ils observent.

« Les capteurs pourraient ainsi être compris non pas comme des dispositifs détectant des phénomènes externes substantiels, mais comme contribuant à des processus inventifs rendant possibles des actes interprétatifs de sensation […] Les concrescences qui émergent ici ne se composent pas seulement de scientifiques, d’appareils, de flores et de faunes, mais également de relations qui s’individuent et sont individuées à travers des ensembles de données et des processus algorithmiques, au sein d’effets environnementaux sédimentés et de modes réactifs d’action environnementale » (Gabrys, p. 32).

La manière dont cette individuation se produit devient plus claire lorsque l’on envisage cette nouvelle écologie mentale comme un milieu, notion développée par Canguilhem et Simondon pour désigner la façon dont un organisme utilise les connaissances et les technologies afin d’in-former et de former son propre environnement.

Le milieu constitue en quelque sorte l’équivalent sociologique d’une membrane cellulaire : une frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Il correspond au territoire dessiné sur la carte socioculturelle que nous habitons. Les lignes de cette carte sont tracées par nos techno-géographies, c’est-à-dire par nos relations à la technologie, à nous-mêmes et à notre environnement.

Toutefois, la notion de milieu n’implique pas l’isolement. Sa fonction essentielle consiste au contraire à agir comme un éther de communication entre le corps et son environnement (Canguilhem, p. 100). Selon Simondon, cette communication rend possibles l’être et le devenir, la formation et la transformation permanente des formes d’existence (Andrade, p. 10).

Le milieu agit ainsi comme un espace de transversion où circulent information et énergie, un espace dans lequel de nouvelles formes d’être, ou de nouvelles écologies de l’esprit, peuvent émerger.

Dans les réseaux de surveillance environnementale, la programmabilité des capteurs confère aux concepteurs un pouvoir décisionnel quant aux données considérées comme significatives. En choisissant quelles informations méritent d’être quantifiées, ils créent un milieu reliant le corps du capteur, le corps de l’organisme mis en données et le corps du concepteur lui-même.

La manière dont ces milieux sont construits dépend entièrement de ceux qui les conçoivent. Or, une tension demeure : la quantification des espaces naturels comporte un risque inhérent. Même lorsque son objectif est d’observer les écosystèmes ou de les soutenir en période de crise, elle peut contribuer à réduire ces environnements à une série de points de données isolés. En procédant ainsi, les complexités relationnelles qui caractérisent les écosystèmes risquent d’être occultées, transformant progressivement la perception que les observateurs entretiennent à l’égard des espaces qu’ils surveillent.

La carte n’est pas le territoire

Prenons un instant de recul. Teletrophicate(s) est un projet de recherche-création qui examine la politique de l’énergie, la formation des environnements intérieurs (« nous ») et extérieurs (« la nature »), les solutions low-tech ainsi que le design spéculatif. Jusqu’ici, nous avons largement discuté de la formation des frontières et des environnements. Avant de poursuivre, il convient de reformuler pourquoi un tel détour philosophique est nécessaire.

Whitehead et Bateson nous montrent que l’être humain est intrinsèquement enchevêtré dans les systèmes naturels : ils n’existent pas séparément l’un de l’autre. Les êtres humains sont des organismes complexes constitués de niveaux hiérarchiques de formation de frontières. Les molécules deviennent des cellules délimitées par leurs membranes ; les cellules deviennent des organes auxquels sont attribuées des fonctions spécifiques ; les organes forment l’organisme grâce à un réseau complexe de relations. Nous sommes un système complexe dont la conscience émerge de ces interactions. Notre complexité découle des relations entre toutes les composantes de notre corps.

Et nous ne sommes pas seuls. Les bactéries qui habitent notre organisme participent à notre fonctionnement ; leurs interactions avec notre système digestif produisent une énergie que nous pouvons utiliser. Avant même de considérer notre relation avec l’environnement extérieur, il apparaît clairement que ce que nous appelons « nous » est déjà une hiérarchie interconnectée de relations entre différents niveaux biologiques (Bateson, p. 465).

Si toutes les composantes atomisées de la Terre, vivantes ou non vivantes, sont des entités qui entretiennent des relations, nous pouvons alors voir que ce sont les humains qui tracent les frontières :

« La différence entre occasions vivantes et non vivantes n’est pas absolue mais graduelle ; de même, la distinction entre un objet durable qui constitue un corps matériel atomique et un objet qui n’en est pas un est elle aussi graduelle. Ainsi, la question de savoir si un objet durable doit être considéré comme une transition de matière ou de caractère relève largement d’un choix verbal quant à l’endroit où l’on trace la ligne entre différentes propriétés. » (Whitehead, p. 109)

Il nous est plus facile de conceptualiser les idées lorsque celles-ci prennent une forme concrète, ce que rendent possible les frontières. C’est précisément ce que réalisent les modernes lorsqu’ils localisent la nature : en lui attribuant une frontière réduite, en la dépouillant de ses relations afin d’examiner une substance supposément pure, ils tracent des limites.

Que signifie alors l’expression « la carte n’est pas le territoire » ? Sans intervention humaine, toutes les entités actuelles du vaste système que nous appelons biosphère existent sous forme territoriale. Ce sont les modernes qui dessinent les lignes de la carte, qui découpent les territoires en leur imposant des frontières.

Nous n’affirmons pas que les membranes n’existent pas indépendamment des humains : une membrane cellulaire demeure une membrane. Nous soutenons cependant que ces frontières naturelles existent sous des formes beaucoup plus fluides que celles que nous leur attribuons. Les systèmes existent par les relations entre leurs composantes ; ce sont précisément ces relations, ces expériences et ces propriétés émergentes abstraites qui disparaissent lorsque l’on procède à la localisation et au découpage.

À partir de cette perspective, nous pouvons mieux comprendre comment le concept du « nous » participe à la formation des environnements. Rappelons-nous que « le monde mental, l’esprit, n’est pas limité par la peau » (Bateson, p. 461). Parmi toutes les frontières que nous traçons, la plus importante est peut-être celle qui entoure notre propre corps, lorsque nous affirmons que le « je » est séparé de son environnement, ou plus précisément de la nature.

Pour séparer notre corps de l’environnement, il faut également définir l’environnement comme distinct de nous. En ce sens, nous créons les environnements que nous percevons. C’est précisément ce processus qui mène à la formation des techno-géographies.

Puisque nous décidons quelles données seront extraites d’un écosystème, nous sélectionnons certains éléments qui seront localisés puis transmis par un microcontrôleur. Le fonctionnement de ce programme doit être réduit à des instructions discrètes ; les données qu’il transmet produisent une image de l’environnement avec laquelle nous interagissons ensuite.

Si les territoires existent sans frontières fixes, alors ils sont aussi traversés par une multitude de relations. Or, lorsque nous créons des environnements par la programmabilité ou par la localisation, une partie de ces relations disparaît.

Dans le cadre des écologies mentales, il devient alors possible de comprendre le lien entre technologie et culture. Félix Guattari soutenait qu’une époque nouvelle était en train d’émerger, caractérisée par une « polyphonie de voix machinique accompagnant les voix humaines, les banques de données, l’intelligence artificielle, etc. ». Il anticipait également l’apparition de nouveaux matériaux produits à la demande par la chimie, tels que les plastiques, les alliages avancés ou les semi-conducteurs.

Dans cette époque où le temps et l’expérience se transformeraient profondément, les microprocesseurs permettraient de traiter d’immenses quantités de données dans des intervalles infimes. Face à ces nouvelles subjectivités machiniques, ainsi qu’au remodelage continu du vivant rendu possible par l’ingénierie biologique, Guattari prévoyait « une modification radicale des conditions de vie sur la planète et, par conséquent, de toutes les références éthologiques et imaginaires qui lui sont associées » (Cartographies schizoanalytiques, p. 11).

À travers l’utilisation des technologies de détection, nous avons donc la responsabilité de demeurer attentifs aux techno-géographies que nous contribuons à produire. La programmabilité que nous injectons dans les écosystèmes possède le potentiel de transformer notre relation aux systèmes que nous habitons, influençant à la fois nos vies politiques et matérielles.

Il existe un danger réel à ignorer les liens de causalité associés à la localisation des systèmes. En supposant que nous contrôlons la nature, nous produisons souvent des conséquences inattendues. Ces techno-géographies nous entraînent encore plus loin, vers les sphères du capital, de l’énergie, du travail et de leurs intrications, que Guattari désigne comme des « agencements sémiotechniques ». Ces agencements permettent de retracer l’origine matérielle d’une technologie jusqu’au travail humain, aux chaînes de production et aux composants chimiques dont elle est constituée (Parikka, p. 97).

Capitalisme, bio-temps et floraison

Comme nous l’avons montré, les techno-géographies que nous produisons dépendent des contextes socioculturels qui nous entourent. En suivant le concept guattarien d’agencement sémiotechnique, la bulle omniprésente du capitalisme fordien est indissociable des technologies que nous concevons et utilisons ; ses ramifications traversent profondément notre quotidien.

Dans les discours capitalistes, le travail et le profit sont souvent analysés à travers la notion d’énergie. Pourtant, l’énergie présente dans le sol est utilisée comme technologie bien avant l’apparition des médias numériques. Un jardin ou une ferme constitue déjà un système de transmutation énergétique, que cette énergie provienne du soleil, des ions présents dans le sol ou des sucres.

Comme le souligne Parikka, Marx était parfaitement conscient de la relation entre le sol et le capital. Aujourd’hui, cette relation s’étend à ce que Jason W. Moore appelle le « pic d’appropriation », c’est-à-dire la longue histoire d’enclosure et d’épuisement des veines de charbon, des champs pétrolifères, des aquifères et des populations paysannes à travers l’histoire du capitalisme.

Lorsque nous parlons de travail, nous avons tendance à penser spontanément au travail humain. Pourtant, une telle conception nous ferait retomber dans le même piège que les modernes en rétablissant une séparation entre l’humain et la nature. La biosphère elle-même produit une forme de travail.

Partout autour de nous se trouvent les résultats de cette activité. Ils n’apparaissent pas toujours sous la forme brute du bois ou d’autres matériaux naturels, mais sous celle de plastiques, de minéraux ou de métaux résultant de transformations énergétiques. Ce travail est souvent difficile à percevoir parce qu’il se déploie à une échelle temporelle différente de la nôtre.

Les minéraux utilisés dans nos appareils électroniques, comme le lithium, le cobalt ou le néodyme, nécessitent des millions d’années pour se former. Il en va de même pour le pétrole et le charbon qui alimentent encore une grande partie de nos technologies. L’extraction rapide de ces ressources et leur conversion quasi instantanée en énergie donnent l’illusion de matériaux peu coûteux.

Dans une logique fordienne, ces ressources semblent effectivement bon marché puisqu’elles peuvent être extraites avec un faible coût immédiat. Pourtant, leur coût réel est immense. Les millions d’années nécessaires à leur formation représentent une dépense temporelle considérable, trop souvent absente de nos écologies mentales.

À travers les médias numériques, nous avons progressivement appris à penser selon des temporalités toujours plus rapides. Les horloges internes de nos appareils fonctionnent à des vitesses bien supérieures aux rythmes humains. Nous sommes désormais habitués à l’abondance computationnelle et nous attendons de pouvoir accéder à n’importe quelle information en quelques fractions de seconde.

Ces recherches sont-elles réellement exemptes de travail ? Chaque requête repose non seulement sur le travail temporel inscrit dans les matériaux qui composent les dispositifs numériques, mais également sur celui inscrit dans l’énergie même qui les alimente.

Les visions du monde centrées sur le capital s’infiltrent ainsi dans les nappes profondes de nos écologies mentales. En privilégiant le profit au détriment des systèmes naturels, elles contribuent aux marées noires, aux extractions toxiques et aux pollutions qui traversent les écosystèmes.

Pour dépasser ces écologies mentales capitalistes de l’énergie et de la matérialité, l’art constitue un outil particulièrement puissant. Dans son écologie de l’organisme, Whitehead affirme que « l’existence actuelle est un processus de devenir […] et le re-devenir constitue une avancée créatrice vers la nouveauté » (Whitehead, p. 222).

La transformation de nos territoires mentaux, la déformation puis la reformation de leurs frontières, permettent l’évolution de nos écologies de l’esprit. Le moyen le plus direct d’y parvenir demeure l’expérience elle-même, notamment l’expérience esthétique d’une nouvelle manière de percevoir les relations entre matérialité et énergie.

Teletrophicate(s) poursuit précisément cet objectif, tout comme le projet artistique Coal-fired Computers du collectif YoHa. Cette installation rend visibles les besoins énergétiques de l’informatique contemporaine en brûlant du charbon en temps réel.

L’œuvre ne se contente pas de montrer la matérialité de l’énergie consommée par les ordinateurs ; elle rend également visibles les effets de cette énergie sur les corps vivants, notamment à travers des données relatives aux maladies pulmonaires des mineurs.

Les « nuages » numériques que nous utilisons chaque jour ne sont pas immatériels. Leur existence dépend directement de la Terre et de ressources énergétiques encore largement issues du charbon et du pétrole.

Comme le rappelle Parikka :

« Le traitement des données nécessite de l’énergie, laquelle produit inévitablement de la chaleur. Les données exigent leur propre écologie, qui n’est pas simplement une technoécologie métaphorique, mais qui démontre une dépendance réelle envers le climat, le sol et les flux énergétiques de l’environnement. Les données se nourrissent de l’environnement, à travers la géologie comme à travers les besoins énergétiques. Plus encore, elles sont hébergées dans des écologies soigneusement gérées. C’est comme si les éléments naturels que sont l’air, l’eau, le feu (ou le refroidissement) et la terre étaient mobilisés comme composantes environnementales des données » (Parikka, p. 24).

Figure 8: Coal-fired computers. © YoHa

Dans le même esprit, Teletrophicate(s) agit comme une représentation visuelle de la matérialité des télécommunications. Le préfixe tele- (« à distance ») constitue d’ailleurs l’un des thèmes centraux de notre recherche. Les calculs effectués à distance par les serveurs infonuagiques représentent un processus extrêmement coûteux sur le plan énergétique.

Teletrophicate(s) reformule l’échelle temporelle moderne de l’informatique en la faisant passer d’un temps numérique, mesuré en calculs par seconde, à ce que nous proposons d’appeler un bio-temps. Nous suggérons que cette notion de bio-temps puisse servir de cadre alternatif pour penser l’énergie consommée par les dispositifs numériques.

Aujourd’hui, la production de batteries est conçue pour répondre aux exigences des appareils numériques. Mais que se passerait-il si ces batteries dépendaient plutôt d’une production d’énergie générée en temps réel par les écosystèmes ? Une telle approche empêcherait l’utilisation du charbon, du pétrole ou du lithium comme sources directes d’alimentation, puisque leur temporalité est inscrite dans ce que Parikka appelle le temps profond (deep time), soit la relation entre des réseaux temporels invisibles et leur substrat matériel.

Les piles à combustible microbiennes utilisées dans Teletrophicate(s) sont totalement insuffisantes pour répondre aux exigences énergétiques contemporaines de l’électronique. Après environ douze heures de récolte d’énergie, elles produisent tout juste assez d’électricité à 3,3 volts pour alimenter notre émetteur pendant une quinzaine de secondes.

Teletrophicate(s) cherche ainsi à perturber les attentes énergétiques associées aux technologies contemporaines et à mettre en contraste leurs logiques extractivistes en rendant visible le temps nécessaire pour satisfaire, même partiellement, leurs besoins énergétiques en bio-temps réel.

Sous le régime du bio-temps, nous revenons à l’un des concepts centraux du projet : la floraison (blooming). Les organismes n’utilisent leur énergie accumulée que lorsque les conditions environnementales sont favorables. Durant cette attente, ils économisent chaque millivolt comme s’il s’agissait d’une goutte d’eau dans le désert, se préparant à leur rare moment de floraison.

Il est difficile d’imaginer une société entière fonctionnant selon le bio-temps. Nous serions tout simplement incapables de satisfaire la demande énergétique actuelle. Que nous révèle cette impossibilité sur notre consommation d’énergie ? Il semble que nous ayons appris à vivre grâce à une quantité d’énergie insoutenable, que les systèmes naturels ne peuvent fournir sans extraction.

Même si nous construisions une vaste infrastructure de réseaux de récolte d’énergie durable, la fabrication des circuits nécessaires demeurerait elle-même un processus extractif. Elle pourrait également être soumise au paradoxe de Jevons, selon lequel une amélioration de l’efficacité d’une ressource entraîne souvent une augmentation globale de sa consommation en raison de la croissance de la demande.

Dans cette perspective, la manière la plus efficace de réduire notre consommation énergétique n’est peut-être pas de résoudre le problème par davantage de technologies, mais plutôt d’adapter nos modes de vie afin qu’ils nécessitent moins d’énergie.

Techno-fabulations

Les technofabulations techno-utopiques, ou la croyance selon laquelle la technologie, envisagée comme bien plus que de simples outils ou machines, permettrait d’atteindre une société idéale dans un avenir proche, s’articulent fréquemment avec les logiques du technocapitalisme et les rhétoriques du contrôle que l’on retrouve dans les milieux environnementaux.

À travers les technologies ubiquitaires disséminées dans les environnements bâtis et naturels, l’Internet des objets (IoT) et, plus récemment, les recherches sur la récolte d’énergie cherchent à faciliter l’agrégation de données afin d’améliorer la gestion énergétique et la lutte contre les changements climatiques grâce à la surveillance environnementale.

Un paradoxe apparaît toutefois. D’une part, l’amélioration constante des procédés de fabrication rend les dispositifs technologiques toujours plus efficaces ; d’autre part, cette efficacité permet de produire et d’utiliser un nombre croissant d’appareils tout en maintenant des niveaux de consommation énergétique comparables. Faisant écho au paradoxe de Jevons ainsi qu’à la loi de Moore, cette dynamique peut conduire à un effet rebond environnemental.

Comme le souligne Benjamin Bratton, les mégastructures computationnelles impliquées dans l’analyse de masses considérables de données nécessitent elles-mêmes des quantités importantes d’énergie et de ressources matérielles. Elles participent donc aux mêmes phénomènes climatiques qu’elles cherchent à étudier.

Porté par les investissements en recherche et développement ainsi que par la production croissante de circuits intégrés, de cartes électroniques et de capteurs, le projet consistant à rendre le calcul « environnemental » repose encore sur des chaînes de production mondialisées, sur la gestion des déchets électroniques, sur des formes de colonialisme des déchets et sur des infrastructures de transport globales héritées de l’histoire du capitalisme et de l’expansion coloniale.

L’efficacité technologique demeure ainsi étroitement liée à ces systèmes de pouvoir. Elle accélère les processus de prototypage rapide et renforce la dépendance envers des réseaux internationaux de fabrication à faible coût. Chaque dispositif de détection porte donc en lui une histoire matérielle ambivalente, dissimulée derrière la promesse de l’innovation.

Teletrophicate(s) se situe précisément à l’intersection de cette fausse efficacité et de la production délocalisée. Le circuit de récolte d’énergie utilisé dans le projet a été assemblé, fabriqué et expédié depuis la Chine par des réseaux postaux internationaux. Son existence même incarne donc un paradoxe.

Alors que son architecture repose sur la lenteur des processus microbiens présents dans son réservoir de boue, sa fabrication dépend de chaînes de production mondialisées caractérisées par leur rapidité et leur accélération permanente.

En nous accordant à des temporalités alternatives, ou à ce que Rosi Braidotti décrit comme une perspective centrée sur le zoé plutôt que sur l’humain, Teletrophicate(s) ralentit les attentes contemporaines associées aux interactions environnementales. Le projet invite ainsi à une contemplation non anthropocentrique et à une forme d’émerveillement.

Une véritable « recalibration des sens » semble nécessaire pour transformer les visions du monde façonnées par l’urgence climatique. Comme le suggère le collectif Raqs Media Collective, nous avons souvent du mal à imaginer d’autres modes de production, d’autres relations sociales ou d’autres systèmes éthiques.

S’engager matériellement avec les choses devient alors essentiel pour déplacer notre compréhension de ce qui importe et de ce qui nous affecte. Cette démarche contribue à déplacer les paradigmes anthropocentriques vers un horizon plus-qu’humain, fondé sur une certaine « complicité matérielle ».

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une politique de la chaleur, de l’énergie et de la matérialité, intimement liée aux infrastructures de télécommunication qui soutiennent nos dispositifs numériques. Les besoins énergétiques de l’ère de l’information ne surgissent pas spontanément : ils sont produits et reformés par des écologies mentales centrées sur le capital.

C’est à travers notre définition même de la nature que ces attentes prennent forme : rendre visible le processus par lequel la ville transforme la nature en une seconde nature, tout en faisant apparaître celle-ci comme une simple ressource destinée à sa consommation.

Conclusion

En somme, Teletrophicate(s) peut être envisagé comme une exploration des écologies sociobiologiques qui se forment et se reforment à travers la déconstruction de la nature, les fenêtres d’abstraction, les écologies de l’esprit et les techno-géographies.

Le projet met en lumière la manière dont les télécommunications et les technologies de l’information sont profondément imbriquées dans notre vie quotidienne, agissant comme des prolongements de nous-mêmes, de nos corps et de nos écologies.

Nous ne sommes pas séparés de la nature ; nous faisons partie d’un système relationnel plus vaste composé d’entités vivantes et non vivantes. En tant qu’agents au sein de ce système, il est essentiel de reconnaître les méthodes parasitaires et extractivistes que les cultures contemporaines centrées sur le capital perpétuent.

En rapprochant énergie et écologie, nous sommes amenés à revoir nos normes énergétiques. Les processus extractifs ne sont pas peu coûteux : ils perturbent des millions d’années de travail géologique.

La prise en compte du bio-temps peut nous aider à éviter de répondre systématiquement à nos problèmes par des solutions technologiques et à réparer les ramifications de nos techno-géographies, actuellement dépendantes de matérialités issues du temps profond.

Enfin, le design spéculatif ne permet pas seulement d’imaginer des moyens de restaurer des écosystèmes endommagés ; il constitue également un outil privilégié pour appréhender, par l’expérience, des concepts abstraits.

Teletrophicate(s) cherche précisément à susciter cette expérience en rendant visible le bio-temps à travers la récolte d’énergie microbienne en temps réel. Ce processus révèle la lenteur du travail biosphérique, éclaire le lien entre temps profond et énergie inscrit dans les matériaux que nous extrayons, et contribue à déconstruire l’illusion de l’immatérialité des télécommunications en rappelant leur dépendance fondamentale à l’énergie et à la matière.

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Cover imagePutricia in bloom. ©Meijer Gardens

Auteurs

Matthew Halpenny est un artiste interdisciplinaire et associé de recherche à l’Université Concordia à Montréal (Québec). Ses recherches sont menées au sein du groupe de recherche Speculative Life, rattaché à l’institution Milieux pour les arts, la technologie et la culture. Sa pratique artistique oscille entre le bioart et l’art incarné, en mettant l’accent sur la création d’œuvres et la diffusion d’idées liées à la théorie des systèmes, à la perception, aux ontologies multiespèces et aux écologies de l’esprit. Il a donné des conférences au Marché international de l’art numérique (MIAN) et est membre fondateur du collectif somme, dont les œuvres ont été présentées à Elektra XX ainsi qu’au Centre Pompidou.

Philippe Vandal s’intéresse à l’exploration des interconnexions entre les échelles macro et micro, ainsi qu’à leurs implications dans notre compréhension de nos environnements socioécologiques et dans la manière dont nous agissons sur ceux-ci. À travers des installations intrigantes, minutieuses et de petite échelle, qui mettent en relation des technologies de silicone et des entités organiques au sein d’assemblages enchevêtrés, il cherche à ouvrir un dialogue autour des spéculations durables, de l’interdépendance environnementale, des interactions multispécifiques et de la reconsidération de nos relations à la matière.

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