Image 3D de l'intérieur de la Galerie des arts visuels inondé.

DEMO70 Vincent Isabel — Quand les flots bleus de la rivière et la pluie de la haute-ville atteindront la galerie

Février 2026

Dans cette DEMO, nous présentons les recherches et méthodes de création derrière la réalisation de l’exposition Quand les flots bleus de la rivière et la pluie de la haute-ville atteindront la galerie : Essai sur les débordements.

Cette exposition a été réalisée dans le cadre du projet de recherche Nous sommes tous des astronautes : Scénarios et prototypes pour des temps extrêmes (NSTDA). L’équipe de développement est une collaboration entre la professeure, artiste et membre cochercheuse Marie-Christiane Mathieu, et les membres étudiants au deuxième cycle de l’École d’art de l’Université Laval, Jonathan Cantin-Demers et Vincent Isabel.

Présentée du 17 avril au 25 mai 2025 à la Galerie des arts visuels de l’Université Laval, l’exposition prend la forme d’une installation comprenant une sculpture, des photographies, ainsi qu’une expérience de réalité virtuelle développée en fonction de l’espace de la galerie.


Casque VR et équipement sur un chariot rappelant du mobilier d'astronautes.
Sculpture et installation dans la galerie, 2025. ⒸMarie-Christiane Mathieu

Nous sommes tous des astronautes — contexte et problématiques

Les débuts du projet se réalisent en suivant la méthodologie de NSTDA. Mis sur pied en 2021, le projet de recherche rassemble des chercheur·euse·s et étudiant·e·s de premiers, deuxièmes et troisièmes cycles de l’École d’art et de l’École d’architecture de l’Université Laval. NSTDA répond aux recommandations faites par le document Perspective 2030 sur les possibilités de recherche et sur les enjeux mondiaux émergents commandé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), rendu public en 2018.

Parmi les objectifs définis, ceux retenus sont les suivants :

  • Penser l’acte de création dans un horizon de projections spéculatives.
  • Aller sur le terrain et/ou recréer les environnements difficiles pour tester les habitacles (les capsules) de survie.
  • Résoudre par l’interdisciplinarité les problèmes reliés aux approches matérielles et technologiques.
  • Évaluer les problèmes reliés aux changements climatiques, plus particulièrement ceux concernant les inondations et la montée des eaux.

En 2021, Marie-Christiane Mathieu, à bord de son propre habitacle de survie, un Sprinter Mercedes 2011, est descendue vers la Louisiane à Lafayette pour y constater l’envergure des dommages causés par l’ouragan IDA (août 2021).

Maison sur pilotis en Louisiane éventrée par un ouragan.
Voyage en Louisiane, 2021. ⒸMarie-Christiane Mathieu

Voilà donc d’où est née l’inspiration du projet d’exposition : par une expérience du terrain qui a mené vers des réflexions et spéculations sur la fragilité territoriale de la ville de Québec, plus spécifiquement sur les risques d’inondations de sa basse-ville.

Statistiques et enquêtes sur l’inondation

Pour entreprendre le projet d’inondation dans la galerie, nous nous sommes basés sur les cartes interactives des zones inondables du Québec.

Dans l’esprit de notre recherche et usant de notre méthode spéculative, nous avons rassemblé tous les facteurs possibles qui provoqueraient une inondation accélérée dans la galerie des arts visuels de notre école.

Carte des zones inondables en 2030 de la ville de Québec.
Zones inondables en 2030. Source: Climate Central, 2021.
Topographie de la ville de Québec.
Topographie de la ville de Québec. Source: topographic-map.com, 2021.

Les principales considérations qui permettraient l’inondation sont de nature climatique et météorologique. Premièrement, dû à la pollution mondiale, la hausse de la température moyenne estimée provoque la hausse de la montée des océans. Deuxièmement, les tendances des précipitations changent, les résultats démontrent une augmentation moyenne de l’intensité des pluies, ce qui est une donnée intéressante pour notre scénario spéculatif d’inondation.

La situation physique de la galerie s’ajoute à ces facteurs : elle se situe dans un demi-sous-sol dans l’édifice de la Fabrique, donc propice à être inondée. De plus, un grand stationnement sépare l’édifice de l’accès vers la haute-ville, ce qui suggère la possibilité de recevoir les déversements de pluie venant de celle-ci. Dans notre scénario spéculatif, nous pouvons aussi imaginer les bris ou l’éclatement de tuyaux de chauffage et de circulation de l’eau à l’intérieur de la galerie.

Considérant la montée des eaux et l’intensité des pluies en conjonction avec le contexte physique de la galerie, surtout avec la proximité de la rivière Saint-Charles, nous avons établi le scénario de l’inondation.

Ombre numérique — Réalité virtuelle et réalité physique

L’expérience a été conçue en fonction de la modélisation du lieu calibrée sur la structure physique de la galerie. Cet espace entre le monde physique et numérique crée un jeu, une expérience qui fait écho au concept de l’ombre numérique (digital shadow).

Après avoir modélisé la galerie, nous avons identifié quatre points d’entrée d’eau possibles : la porte principale, les fenêtres de la façade, les tuyaux gicleurs au plafond, ainsi qu’un drain situé dans la salle de rangement arrière. Le scénario d’inondation en réalité virtuelle suit ces mêmes points afin de garder un sens plausible.

Modélisation 3D de la Galerie des arts visuels de l'Université Laval.
Modèle 3D de la galerie, 2025.
ⒸJonathan Cantin-Demers
Plan d'architecture de la Galerie des arts visuels de l'Université Laval.
Plan d’architecture de la galerie, 2025.
Source : Université Laval

Le développement de l’expérience de réalité virtuelle a été fait par Vincent Isabel et Jonathan Catin-Demers. Nous avons utilisé l’engin de jeu Unity et le logiciel de modélisation 3D Blender.

Capture vidéo de l’expérience en réalité virtuelle, 2025. ⒸJonathan Cantin-Demers

Agentivité entre l’objet, l’ombre et l’aura

Dans notre scénario spéculatif, l’« ombre » de notre objet physique (la galerie) devient l’inondation virtuelle. Adjacent à ce concept existe le « jumeau numérique », celui-ci fait référence à l’agentivité existante entre l’objet physique et son ombre numérique.

Une journée d’étude a été tenue le 14 février 2025, rassemblant plusieurs professeur·e·s, chercheur·euse·s et étudiant·e·s. L’intention était d’échanger sur ces concepts, tentant d’évaluer l’étendue du décalage entre les espaces réels et leur parallèle virtuel, et de considérer les expériences vécues pouvant s’en suivre.

Pour notre projet on y retient ces quatre notions suivantes :

  • L’objet : la galerie.
  • L’ombre : l’inondation en réalité virtuelle.
  • L’aura : l’ensemble des ressentis, mémoires et images sortant d’une œuvre d’art.
  • L’agentivité : les relations et affects entre chacun des éléments ci-dessus.
Extrait vidéo pendant le vernissage, 2025. ⒸMarie-Christiane Mathieu

L’agentivité de l’ombre numérique se manifeste dans l’expérience de l’espace entre l’objet et le virtuel, entre la vision et le toucher. Elle découle de cette faible distance qui nous affecte, où tous les enchevêtrements entre objet-ombre-aura finissent par converger vers une expérience totale. Expérience qui finalement dépend des sensibilités, de la mémoire et des connaissances individuelles.

Deux enfants font l'expérience de la galerie inondée grâce aux casques VR.
Photographie durant le vernissage, 2025. ⒸMarie-Christiane Mathieu

Laberge, A-A. (2021, mars). Zones inondables : au Québec et dans le monde. Nous sommes tous des astronautes.

Gouvernement du Canada. (2018, novembre) Scénarios et modèles climatiques.

Mathieu, M.-C., Cantin-Demers, J., Webinaire RIISQ : « Quand les flots bleus de la rivière et la pluie de la haute-ville atteindront la galerie. Essai sur les débordements, un projet de recherche-création » [en ligne]. Série webinaire RIISQ.

Image de couverture : ⒸVincent Isabel


Tête du projet

Marie-Christiane Mathieu est artiste et professeure titulaire à l’École d’art de l’Université Laval. Ses recherches portent sur les environnements hostiles et les formes de vies que ceux-ci engendrent. Elle réfléchit sur ce que pourrait être une esthétique du transit et développe des méthodes et des processus de travail en art afin de construire des objets critiques agissant comme des formes de prévoyance qui influencent et touchent directement d’autres disciplines.

Collaborateurs

Vincent Isabel est un bricoleur, artiste sonore et performeur basé à Québec, sur les territoires des ancestraux des peuples Wendat, Innu et Abénaki. Sa pratique explore les dynamiques entre son corps, son intimité et les matières technologiques qui l’entoure. Cherchant à créer des instruments sonores et systèmes qui lui échappent, il provoque et apprivoise la perte de contrôle comme moteur de performance.

Diplômé d’un baccalauréat en arts visuels de l’Université Emily Carr en 2024, Vincent poursuit actuellement une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval et collabore avec le centre Avatar dans le cadre de la résidence de maîtrise en centre d’artiste.


Jonathan Cantin-Demers vit et travaille à Québec comme artiste professionnel. Il est titulaire d’un diplôme de 2e cycle en arts visuels (2026) de l’École d’art de l’Université Laval. Son travail a été présenté notamment à la Galerie des arts visuels dans le cadre des expositions Banc d’essai (2022) et Traverser l’immédiat (2025), ainsi qu’au Mars de la maîtrise (2024, 2025). Depuis 2024, il a collaboré à divers projets d’art public au sein de l’équipe technique d’EXMURO et a occupé des postes d’auxiliaire de recherche sur plusieurs projets artistiques et de recherche. Depuis 2025, il siège aux conseils d’administration du centre d’artistes Avatar et de la fondation ForCGal.

Remerciements

Marie-Christiane Mathieu tient à remercier Andréane Sicotte du Laboratoire de réalité virtuelle de la Bibliothèque du Pavillon Jean-Charles Bonenfant de l’Université Laval, La Bande Vidéo, les étudiants-chercheurs Jonathan Cantin-Demers et Vincent Isabel, Geneviève Chevalier, professeure à l’École d’art, l’École de design et l’École d’architecture pour le prêt d’équipement, ainsi que le programme Aide à la visibilité de la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design (FAAAD). Merci à Pierre Boulanger, étudiant à la maîtrise en arts visuels, à Louanne Goulet, Mei-Li Juneau, Benoit Paré, Alyson Poulin et Benoit Simard, toutes et tous les étudiantes et étudiants au baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’École d’art.

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